Greenpeace et les médias à l'assaut des pêcheurs de thon. Cherchez l'erreur ! - Mediapicking
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Greenpeace et les médias à l'assaut des pêcheurs de thon. Cherchez l'erreur !

Dernière actualisation : 17/09/2015, 15:25

Juillet 2015 : un dirigeable aux couleurs de Greenpeace survole le golfe du Morbihan. Il porte un slogan plutôt drôle: « Cupithon, thon cherche relation durable ». Ouest-France et France 3 couvrent l’événement. Un an plus tôt, le 21 octobre 2014, sous les yeux d’un parterre de journalistes prévenus la veille, Greenpeace dépose devant les locaux parisiens de MW Brands, la multinationale qui contrôle la conserverie Petit Navire, une boite de thon géante ensanglantée.

Les certitudes de Greenpeace sur le thon

Ces opérations s’inscrivent dans un combat de plusieurs années, engagé par l’ONG pour préserver les ressources de thon blanc menacées par les techniques de pêche trop agressives. Greenpeace considère que la seule méthode compatible avec  une gestion durable est la pêche à ligne. Les pêcheurs le contestent formellement et disent que les thons ne manquent pas.

Les thonidés vivent au large, souvent à de grandes profondeurs. Ils se déplacent beaucoup et très vite. Le suivi de leur population est complexe. Il est donc difficile de trancher. La presse y arrive néanmoins. En dehors des publications spécialisées comme Le Marin, elle arbitre systématiquement en faveur de Greenpeace, mentionnant pour mémoire l’avis des pêcheurs ou celle de scientifiques indiquant les incertitudes qui nimbent le dossier. Largement reprise, cette dépêche de l’AFP est un bon reflet de la tonalité générale.

Quand Greenpeace manipule l’opinion…

Un précédent, pas très ancien, devrait pourtant inciter à la prudence. C’est celui de la « disparition imminente » du thon rouge en Méditerranée. Il est aujourd’hui avéré que Greenpeace a délibérément manipulé l’opinion dans ce dossier, avec la participation complaisante de journalistes pourtant chevronnés.

Début juin 2010, Greenpeace publie un communiqué intitulé : « Thon rouge : des militants de Greenpeace violemment agressés en mer par les thoniers français ». La presse embraye.

Greenpeace, victime d’une agression

Le Monde ("un militant de Greenpace grièvement blessé par des pêcheurs de thon") titre pratiquement comme le Figaro (« un militant de Greenpeace harponné »). Les deux journaux, manifestement, reprennent une dépêche de l’AFP.  Le militant « est grièvement blessé », déclare à l'Agence Isabelle Philippe, responsable de la communication de Greenpeace. « Les pêcheurs ont sauvagement attaqué un des militants, ils l'ont blessé avec un harpon qui a traversé la jambe. Le militant a été traîné sur plusieurs mètres avant de réussir à se libérer en arrachant le harpon de sa jambe ». Les journaux annoncent que Greenpeace va porter plainte pour coups et blessures volontaires. L’ONG explique qu’elle a tenté pacifiquement d’abaisser un filet afin de libérer des thons. La surpêche, ajoute Greenpeace, aurait fait baisser les effectifs de 80% en Méditerranée.

Des militants pacifiques face à des pêcheurs aux abois

Le Point, daté du 5 juin, a des informations de première main. Frédéric Lewino, son journaliste science et environnement, était à bord du Rainbow Warrior II, le navire de Greenpeace. Son titre est plus nuancé que celui de ses confrères : « pêche au thon : un membre de Greenpeace se blesse lors d'une bataille en Méditerranée ».

Le papier, en revanche, incrimine lourdement les pêcheurs. Frédéric Lewino raconte comment l’équipage du thonier Jean-Marie Christian 6, de l'armement sétois Avallone, a blessé un membre de l'ONG au large de Malte. Greenpeace tentait « pacifiquement » de saborder la pêche du thonier, en plaçant des "sacs de sable" sur les bords du grand filet déployé par les pêcheurs. Ces derniers seraient "aux abois",  relate le journaliste, car les thons ne sont pas apparus en Méditerranée depuis l'ouverture de la saison de la pêche, le 15 mai. Or, cette campagne se termine le 15 juin.

Le 5 juin, Greenpeace organisait d’ailleurs des manifestations dans plusieurs villes françaises réclamant un moratoire sur la pêche au thon rouge, menacé de disparition.

Mais en 2013, condamnation de Greenpeace

Trois années passent. On parle beaucoup moins du thon rouge. Le 12 février 2013, Greenpeace est condamnée par le tribunal correctionnel de Montpellier à 10.000 euros d'amende, dont 5000 avec sursis, pour avoir agressé le thonier.

Le jugement rappelle quelques faits, pas complètement précisés par la presse nationale. Le Jean-Marie Christian 6 opérait dans le strict respect de la légalité. L'abordage de Greenpeace était loin d'être pacifique. Les membres de l'ONG n'ont pas déposé des sacs de sable sur le filet, ils l'ont attaqué au couteau. Transporter sur des zodiacs assez de sable pour couler même partiellement un filet de cette taille serait d’ailleurs assez difficile.

Franck Heweston, le militant de Greenpeace blessé dans l'opération, n'a pas porté plainte. Il a d’ailleurs déclaré à la section de recherches de la gendarmerie maritime de Toulon que l'équipage adverse "ne voulait pas (le) blesser intentionnellement". La condamnation qui suit est logique, et même relativement clémente.

Greenpeace aux abois face à l’abondance de thons

Quant aux pêcheurs, ils n'étaient pas du tout aux abois pour cause de raréfaction de la ressource. Au contraire. Le Jean-Marie Christian 6  n'était pas sorti en début de saison parce que la météo était mauvaise, mais les premiers repérages laissaient augurer une excellente pêche. Elle sera en fait fabuleuse. Comme l'a raconté le journaliste Julien Pfyffer dans une enquête remarquable (TrésoRouge, éditions Dialogue, Brest, 2011), le 4 juin, jour de l'accrochage, le Jean-Marie Christian 6 vient de remonter d'un seul coup de filet 250 tonnes de thons. Les marins ont gagné leur salaire de l’année en une demi-journée.

C'était plutôt Greenpeace qui était médiatiquement aux abois. Comme le raconte Julien Pfyffer, son bateau croisait en Méditerranée avec un journaliste à bord, sans trouver le moindre pêcheur en train de braconner, contrairement aux assertions de l'ONG. Et tout le monde, en ce mois de juin, pouvait constater qu'il y avait des thons en abondance, ce qui ne collait pas du tout avec le discours de Greenpeace sur leur disparition imminente... En désespoir de cause, Greenpeace s'est attaqué à un navire parfaitement en règle. Frédéric Lewino pouvait difficilement l'ignorer.

Concurrence et surenchère entre ONG

Greenpeace, en ce mois de juin 2010, est aussi en rivalité avec une autre ONG, Sea Sheperd. « Le célèbre capitaine Watson de Sea Shepherd, rendu célèbre par sa poursuite des baleiniers japonais en Antarctique, sera sur zone dès la semaine prochaine. lepoint.fr sera à bord de son navire, le Steve Irwin, pour tenir un journal quotidien », raconte Frédéric Lewino. Or Paul Watson a fait la une des médias du monde entier quelques mois plus tôt, le 6 janvier 2010, suite à un accrochage avec un navire de pêche japonais, le Shonan Maru No.2, qui a tenté de couler son catamaran, l’Ady Gil, en lui fonçant dessus. Enfin, c’est ce que dit Watson. D’après un rapport ultra-détaillé des autorités néo-zélandaises, ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça… (voir ici).

Deux précisions

En 2015, la disparition du thon rouge en Méditerranée n'est plus du tout d'actualité. Grâce à l'action des ONG – de toutes les ONG, y compris celles qui travaillent dans la discrétion – la pêche est mieux encadrée. A la saison de pêche, des bancs de dizaine de milliers de thons croisent au large. Ils sont visibles par avion. Les quotas ont été revus à la hausse en 2013, puis 2014. Les scientifiques savent aujourd’hui qu’ils avaient sous-estimé dans des proportions considérables les stocks de thon rouge de Méditerranée, qui étaient trois fois plus importants que prévu.

Les patrons de l'armement Avallone ont été entendus par la police en avril 2013 pour sous-déclarations de leurs captures. Les faits remontent à la fin des années 2000. La fraude supposée n'a qu'un lien indirect avec la ressource. Le but aurait été de frauder l'URSSAF, via des parts de salaire aux marins non déclarées.

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